Carnet de bassin

Ritchie Dagonia, 35 ans, nageur au club Les Amis de la Natation

Je m'appelle Ritchie Dagonia, j'ai 35 ans et je nage plusieurs fois par semaine au club Les Amis de la Natation. Ce site est mon carnet de bassin : ce que la natation m'apporte, ce que je travaille dans l'eau, le matériel que j'utilise et les conseils que j'aurais aimé lire en reprenant le sport.

Voir mes séances types
Piscine couverte vide au petit matin, lignes d'eau tendues
6 h 45, ligne 4.
Sac de natation ouvert sur un banc de vestiaire
Le matériel du mardi.

Pourquoi je nage à 35 ans

Reprendre le sport à l'âge adulte n'a rien d'évident. Pendant des années, j'ai laissé le sport de côté, et mon dos me le rappelait régulièrement : raideurs le matin, tensions dans les lombaires après une journée passée assis. La natation s'est imposée presque naturellement. Pas d'impact, pas de choc, le corps porté par l'eau. En quelques semaines de bassin, mon dos s'est détendu et j'ai retrouvé une mobilité que je pensais perdue pour de bon.

Il y a aussi le souffle. Lors de mes premières longueurs, je m'arrêtais tous les 25 mètres, essoufflé, le cœur qui tape. Aujourd'hui, j'enchaîne les longueurs sans y penser, et cette capacité respiratoire se ressent partout : dans les escaliers, en marchant vite, en parlant longtemps sans reprendre mon souffle.

Et puis il y a le sommeil et la tête vide. Après une séance du soir, je dors profondément, sans réveils. Dans l'eau, impossible de ruminer : on compte les longueurs, on se concentre sur la respiration, on écoute le bruit des bulles. C'est ma façon à moi de faire le vide, et c'est sans doute ce qui me fait revenir au bassin semaine après semaine.

Les quatre nages, telles que je les vis

Le crawl

C'est ma nage principale, celle que je travaille le plus. J'aime son côté fluide et régulier. Ce qui me pose encore problème : garder les hanches hautes quand la fatigue arrive, et ne pas croiser la main devant la tête à l'entrée dans l'eau. Je travaille aussi le roulis des épaules, qui rend la respiration bien plus facile.

La brasse

La nage que tout le monde croit connaître et que presque personne ne fait correctement. La coordination bras, jambes, respiration est un vrai casse-tête. Mon défaut : un ciseau de jambes trop large qui freine au lieu de propulser. Depuis que je soigne le temps de glisse après chaque mouvement, je fatigue moins et j'avance mieux.

Le dos

Ma nage de récupération préférée. Respirer librement, regarder le plafond, sentir l'eau passer le long du corps. Le problème, c'est la trajectoire : sans repère visuel, je dérive vers la ligne d'eau. Je compte mes mouvements après les fanions pour ne pas me cogner au mur.

Le papillon

La nage qui impressionne et qui épuise. Je n'en fais que par petites doses, 25 mètres à la fois, souvent avec des palmes pour sentir l'ondulation. Ce qui me pose problème : le moment de la respiration, que je prends trop haut, et les bras qui sortent mal de l'eau en fin de série. Mais quand un cycle passe bien, la sensation est incroyable.

La respiration, le vrai sujet

La respiration est ce qui bloque la plupart des adultes qui débutent, et j'en fais partie. Le réflexe naturel est de bloquer l'air sous l'eau et de tout relâcher d'un coup en tournant la tête. Résultat : on manque d'air, on panique, on relève la tête, les jambes coulent. La clé, c'est d'expirer en continu sous l'eau, par le nez et par la bouche, et de n'inspirer qu'au moment où la bouche sort. Je respire tous les trois mouvements en crawl pour rester symétrique, et tous les deux quand la série devient dure. J'y consacre encore une partie de chaque échauffement, et je crois que ce sera toujours le cas.

La technique avant la vitesse

Ce que j'ai compris avec le temps : en natation, forcer ne sert à rien si le geste est mauvais. On brasse de l'eau, on s'épuise, on n'avance pas. Je travaille donc la position du corps (horizontal, tête dans l'axe, regard vers le fond), la prise d'appui (coude haut, main qui attrape l'eau plutôt que de la pousser vers le bas) et l'amplitude (moins de mouvements par longueur, plus de glisse). Compter ses mouvements sur 25 mètres est un bon révélateur : quand le nombre baisse à effort égal, la technique progresse.

Le matériel que j'utilise

  • Les lunettes. Le seul achat vraiment indispensable. J'ai mis du temps à en trouver qui ne fuient pas ; l'astuce est de les essayer sans la sangle : elles doivent tenir seules, par simple ventouse.
  • La planche. Pour isoler les jambes et travailler le battement. Je la trouve ingrate en crawl, mais elle est irremplaçable pour corriger le ciseau de brasse.
  • Le pull-buoy. Coincé entre les cuisses, il porte les jambes et permet de se concentrer sur les bras et la respiration. C'est mon outil préféré pour les longues séries techniques.
  • Les plaquettes. Elles augmentent la surface de la main et révèlent tous les défauts d'appui. Je les utilise avec parcimonie pour ménager mes épaules.
  • Les palmes. Pour sentir la glisse, travailler l'ondulation et rendre le papillon accessible. Le plaisir pur en fin de séance.
  • Le bonnet. Obligatoire au club, et bien pratique pour ne pas avoir les cheveux dans les lunettes.

L'ambiance des entraînements au club

Je nage en groupe, sur les créneaux du soir. Arriver au bassin après la journée, saluer les habitués, se glisser dans sa ligne d'eau : ça fait partie du rituel. L'entraîneur écrit la séance sur un tableau au bord du bassin et passe d'une ligne à l'autre pour corriger un geste, donner un repère, encourager. Les lignes d'eau sont réparties par niveau, et on peut changer en cours d'année quand on progresse.

Ce que j'apprécie, c'est cette émulation sans compétition : on suit la même série, chacun à son rythme, et nager derrière quelqu'un tire vers le haut. Les discussions au bord du bassin, les blagues entre deux séries, les encouragements quand une distance fait peur : je ne nagerais pas autant si j'étais seul.

La régularité plutôt que l'exploit

Ma progression n'a rien de spectaculaire, et c'est très bien comme ça. Trois séances par semaine, sans chercher à en faire trop, et le corps s'adapte. Les gains ne viennent pas d'une séance héroïque mais de la somme des séances ordinaires. Je note tout dans un carnet : distance, sensations, ce qui a marché, ce qui n'a pas marché. Relire ces pages quelques mois plus tard, c'est la meilleure motivation qui soit.

Mes conseils pour un adulte qui reprend ou débute

  1. Commencez par la respiration, pas par la distance. Tant que vous n'expirez pas sous l'eau, tout le reste sera pénible.
  2. Rejoignez un groupe ou un club. L'entraîneur voit ce que vous ne sentez pas, et le groupe vous fera venir les soirs où vous n'avez pas envie.
  3. Achetez de bonnes lunettes avant tout autre matériel. Des yeux qui piquent gâchent une séance entière.
  4. Acceptez d'être lent au début. La technique vient avant la vitesse, toujours.
  5. Fixez-vous un rythme tenable : deux séances par semaine, régulières, valent mieux que cinq puis plus rien.
  6. Écoutez vos épaules. La natation est douce pour le dos mais exigeante pour les épaules : échauffez-les à sec avant de plonger.
  7. Notez vos séances. Le carnet est le meilleur allié contre l'impression de stagner.
  8. Gardez le plaisir. La longueur de dos en fin de séance, en regardant le plafond, c'est la récompense.

Envie de voir concrètement à quoi ressemblent mes séances ? Rendez-vous sur la page des entraînements types.

Le blog Nager après 30 ans m'a posé quelques questions sur ma reprise : lire l'entretien.